Côtes de Provence Notre-Dame des Anges, une nouvelle DGC

Situé à 768 mètres d’altitude, le sanctuaire de Notre-Dame des Anges domine le massif des maures et offre un panorama à couper le souffle sur cette petite chaîne de montagne alors qu’au loin s’offrent à notre regard  la rade de Toulon, la presqu’île de Giens, son tombolo et l’île de Porquerolles.

Cette chapelle a donné son nom à la dernière-née des dénominations géographiques complémentaires de l’AOC Côtes de Provence et c’est dans ce cadre enchanteur qu’a été organisé en septembre dernier le lancement – hélas retardé en raison de la situation sanitaire au printemps – de cette DGC dont le premier millésime 2019 a été commercialisé à l’été 2020.

Les dénominations géographiques des Côtes de Provence

La DGC Notre Dame des Anges est située au nord de la DGC Pierrefeu

L’AOC Côtes de Provence a été reconnue en 1977. Elle couvre 20.100 hectares qui s’étendent sur 3 départements, regroupent 84 communes et permettent de produire chaque année 130 millions de bouteilles dont la répartition est 90% de vin rosé, 6,5% de vin rouge et 3,5% de vin blanc.

Conséquence de l’étendue de son terroir, celui-ci est hétérogène et on assiste depuis quelques années à une reconnaissance de dénominations géographiques qui sont désormais au nombre de 5 :

  • Côtes de Provence Sainte-Victoire
  • Côtes de Provence Fréjus
  • Côtes de Provence La Londe
  • Côtes de Provence Pierrefeu
  • et l’objet de cet article, la toute nouvelle DGC Côtes de Provence Notre-Dame des Anges

Côtes de Provence Notre-Dame des Anges

Obtenir la reconnaissance d’une nouvelle AOC ou DGC est toujours un travail de longue haleine, les vignerons de la zone Notre-Dame des Anges ont ainsi organisé la première réunion en vue de cet objectif en 2003 et menaient un travail continu depuis 2012.

Projetons nous à l’été 2021 et partons à la découverte de cette nouvelle dénomination géographique complémentaire !

L’histoire géologique du terroir de Notre-Dame des Anges

La découverte de cette nouvelle DCG a débuté avec une balade dans le vignoble en compagnie de Mireille Conrath, œnologue et responsable technique du CIVP (Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence), qui nous a fait remonter le temps pour mieux comprendre les terroirs de Notre-Dame des Anges.

Il faut remonter à l’ère Carbonifère, à -300M d’années, le climat est alors volcanique, sec mais chaud et une chaîne de montagnes se forme, c’est la chaîne hercynienne qui culmine à 8.000 mètres d’altitude.

Lui succède le Permien, entre -300 et -250 millions d’années, la chaîne de montagnes s’est érodée sous l’effet des fortes précipitations, les débris ont migrés et se sont accumulés à certains endroits.

Suite à un mouvement de plaques, la zone s’est retrouvée sous un océan, des apports calcaire sont alors recouverts les apports de l’érosion dans la période -250 à -65 millions d’années.

A la fin de l’ère secondaire, d’autres mouvements ont conduit à la naissance des Pyrénées puis des Alpes et le Massif des Maures s’est soulevé. La croûte calcaire est partie par érosion.

Cette histoire géologique accélérée explique la présence de 3 types de roches : les roches magmatiques, les roches sédimentaires (charriées par l’eau ou l’air) et enfin les roches métamorphiques (les 2 premières rebrassées et refondues)

Tout le secteur de Notre-Dame des Anges est donc situé sur une formation géologique commune, le grès permien, sur lequel on retrouve quatre principaux types de sols : des schistes apportés par la dégradation des Maures (et qui ont recouvert le socle permien), des sables, des pélites et des galets roulés sur les anciennes terrasses alluviales de l’Aille

Les vignes sont plantées sur les contreforts des Maures, dans la vallée permienne.

Le climat de Notre-Dame des Anges

Notre-Dame des Anges se situe au centre de la dépression permienne qui va de Fréjus à Toulon, ce terroir est donc coupé de l’influence maritime par les Maures et les vestiges des collines calcaire, c’est une lentille. Conséquence de cette localisation, les températures sont plus chaudes en été, plus fraiches en hiver et on observe 800 à 950mm d’eau par an, ce qui est faible pour une région viticole.

Ces particularités géologiques et climatiques créent un milieu naturel particulier qui justifie la reconnaissance de cette dénomination géographique complémentaire.

La maturité des raisins arrivent plus tard à Notre-Dame des Anges que dans les autres zones des Côtes de Provence, on vendange toujours quelques jours après et la composition des raisins est également différente.

L’aire d’appellation Notre-Dame des Anges

10 communes font partie de l’aire d’appellation de la DCG Notre-Dame des Anges et dans certains cas, seule une partie de la commune est concernée : la partie calcaire de Gonfaron ne rentre pas dans l’aire d’appellation.

Sur les 3900ha de vignes qui entrent dans l’aire d’appellation, 320 hectares ont été retenus pour la DGC en 2019. 4300hl de vin ont été produits, dont 3900hl de vin rosé. Le travail de sélection des parcelles va se poursuivre au sein des domaines et la surface augmentera lors des prochains millésimes.

Le cahier des charges ne reconnait pour l’instant pas la DGC pour les vins blancs.

5 caves coopératives et 11 caves particulières ont pu produire des vins AOC Côtes de Provence Notre-Dame des Anges sur le millésime 2019.

Les cépages autorisés

Du côté des cépages, le cahier des charges reconnait :

  • 3 cépages principaux : grenache, cinsault et syrah
  • 8 cépages accessoires : mourvèdre, tibouren, cabernet-sauvignon, carignan, clairette, sémillon, ugni blanc et vermentino (=rolle)

Le climat explique une fois encore le choix des cépages, on trouve moins de Mourvèdre que sur le littoral, on trouve moins de Cabernet-Sauvignon que sur les terroirs plus tardifs. La Syrah convient très bien à ces sols/climats.

Quelle différence avec le cahier des charges de l’AOC Côte de Provence ?

La philosophie des dénominations géographiques complémentaires est la montée en gamme des vins, au travers de dénominations qui rassemblent des terroirs similaires mais également d’un cahier des charges plus restrictifs. Ainsi, le rendement maximum est de 50hl/ha (vs 55hl/ha pour les CdP), les vignes doivent avoir minimum 4 ans (vs 3 ans pour les CdP), le degré minimum est 11,50 (vs 11 pour les CdP) et si la mise en marché intervient à la même date pour les rosés, les vins rouges doivent être élevés pendant 1 an minimum.

Dégustation

Il est parfois difficile de définir une identité pour les DCG. N’ayant jamais fait de degustation comparative permettant une réelle comparaison, je partage avec vous les caractéristiques organoleptiques de Notre-Dame des Anges décrites par Mireille :

  • Un équilibre acidité / alcool bien contrebalancés (mais le vin est moins acidulé que sur la DCG Sainte Victoire
  • On a comparativement plus de tannins, de longueur et de sapidité
  • Les NDDA sont moins ronds et moins gras que les vins de la DCG Lalonde-Fréjus

–> On a donc une situation transitoire entre les deux extrêmes.

14 vignerons étaient présents lors de l’événement de lancement, voici mes coups de coeur :

Le plus délicat : Château Demonpère



Un joli vin, le nez est pur, délicat, élégant, discret et équilibré dans les arômes qu’il offre (par exemple la mandarine), sa longueur en bouche est plus courte que les autres vins de la sélection mais on lui pardonne !
Grenache, Cinsault
💵 14,5€ (certifié bio)

Le plus gastronomique : Château des Bertrands Rascas 2019




Le Château des Bertrands est l’un des grands domaines de la région, certifié HVE, en conversion vers l’agriculture biologique. Cette cuvée parcellaire compte dans son assemblage grenache / cinsault / rolle / carignan 20% de vins passés en fûts pendant 3 à 4 mois.

Le nez est moins sur le fruit que les autres vins, il est légèrement et élégamment boisé. En bouche, l’influence du bois offre une belle matière équilibrée par la fraîcheur du rolle. En fin de bouche, une légère amertume qui ancre le vin dans le palais. Un vin intéressant que l’on a envie d’emmener à table, il accompagnera d’ailleurs très bien un dos de saint-pierre lors du déjeuner qui a suivi !

💵 26€ (HVE, conversion agriculture biologique en cours)

Le plus surprenant : Château Réal d’Or



Le nez intrigue d’emblée, aux notes de fruits rouges léger se mêlent des notes de cire qui apportent une certaine patine, de la complexité. La bouche est ample, il y a de la mâche, presque des tannins. A garder bien frais pour un équilibre parfait.
Cinsault, grenache, syrah.
💵 15€

Le vin de plaisir immédiat : cuvée Pierres de Moulin du domaine de la Fouquette



Un nez floral avec également des arômes de fruits à noyaux (pêche) et un zeste de pamplemousse, une bouche ample avec un bel équilibre malgré la perception d’une acidité plus faible que d’autres cuvées dégustées. C’est peut-être le vin le plus facile à aborder dans cette sélection, et il mettra tout le monde d’accord !
Syrah, mourvèdre, grenache, cinsault
💵 10€ (certifié bio)

Le printemps et après lui l’été arrivent, tenez bon, dans quelques mois on pourra déguster du rosé en terrasse entre amis, j’en suis certain !

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