Louis Jadot, Acte II et III

J’avais écrit un article il y a maintenant deux ans sur une magnifique dégustation de vins blancs et rouges de la Maison Louis Jadot animée par Thibault Gagey. J’ai depuis assisté à deux autres belles dégustations sur lesquelles je souhaitais prendre le temps de revenir.

Une dégustation Louis Jadot est toujours une expérience passionnante car la vinification et l’élevage sont effectués de la même manière pour tous les vins. Une dégustation horizontale souligne donc l’extraordinaire influence du terroir en Bourgogne, ceteris paribus. Une dégustation verticale quant à elle révèle la singularité du millésime.

Masterclass Louis Jadot, Grand Tasting 2016 au Carrousel du Louvre

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Louis Jadot a décidé d’organiser lors du Grand Tasting 2016 une horizontale 2014 sur le finage de Puligny-Montrachet, partant de l’appellation village, passant par deux premiers crus très différents que sont les Combettes et les Folatières et terminant par un des cinq Grand Crus des villages Chassagne-Montrachet / Puligny Montrachet, le Bâtard Montrachet. C’est le Maitre de chais de la Maison, Frédéric Barnier, qui a animé cette masterclass.

Le millésime 2014

A la sortie de l’hiver, les beaux jours laissent présager un millésime précoce, le cycle végétatif est extrêmement rapide mais ralentit fin juin avec un orage de grêle qui ravage la Côte de Beaune.  La météo particulièrement capricieuse de l’été laisse présager le pire mais un bel été indien en septembre permet aux raisins de sécher et de murir. La récolte a lieu mi-septembre.

Puligny-Montrachet village 2014

Ce qui marque dans ce vin est la pureté du nez, on sent une grande maturité du fruit mais avec une acidité qui le tend. La finale est florale (fleurs blanches) avec quelques notes grillées.

Puligny-Montrachet 1er Cru “Les Folatières” 2014

La parcelle est en située à mi-pente, presque à la même ligne de niveau que le Bâtard. Le sol est limoneux.

Ce vin est l’image de Puligny: opulence, richesse mais avec une grande finesse, et une persistance aromatique..

Puligny-Montrachet 1er Cru “Les Combettes” 2014

Louis Jadot possède 3 ouvrées de ce lieux-dit et produits donc seulement 2 pièces chaque année. La parcelle touche presque Meursault (Les Charmes-dessus). Cette proximité explique le caractère du vin qui s’arrondit, est plus puissant, moins élégant que “Les Folatières” mais racé.

Frédéric Barnier explique que sur cette parcelle il faut veiller à ne pas récolter trop tard car les raisins murissent très vite et perdent leur précieuse acidité.

Bâtard-Montrachet 2014

Le climat du Bâtard-Montrachet est situé à cheval sur les villages de Chassagne-Montrachet et Puligny-Montrachet. Le vin que nous dégustons est issu de vignes situées côté Puligny-Montrachet. Le sol est calcaire (sol Bathonien – jurassique) là où il est limoneux côté Chassagne. Le Bâtard Montrachet est le Grand Cru le plus précoce des Grands Crus du finage.

Le vin a une élégance folle, mais ce qui surprend, c’est sa force, son énergie. Le vin est encore fermé, c’est normal, ce serait un infanticide d’ouvrir une telle bouteille à table, mais on sent que l’on est sur un grand cru avec toute sa complexité et surtout, une persistance aromatique que seuls les meilleurs crus de Bourgogne peuvent offrir.

Une très belle dégustation !


Plus récemment, j’ai assisté à une dégustation organisée par l’association œnologique de Sciences Po, animée par Christine Botton, une des œnologues de la maison Jadot.

L’objectif de la dégustation était d’offrir aux étudiants – néophytes pour certains, amateurs éclairés pour d’autres –  un panorama de la Bourgogne.

galerie-les-hommes-christine-botton-oenologueChristine Botton a particulièrement insisté lors de son discours introductif sur le travail qu’elle effectue dans la vigne pour aboutir à une viticulture durable, respectueuse de l’environnement, en explorant de nouvelles voies. Son discours est intéressant car il n’est pas binaire. Sur le sujet de l’herbe dans les rangs de vigne par exemple, Christine Botton a expliqué que l’on avait mis de l’herbe pour concurrencer la vigne, pour canaliser sa pousse et assurer une moindre quantité de raisins de meilleure qualité mais que l’herbe avait eu pour effet au contraire de trop appauvrir la vigne. La vraie question réside dans le choix de l’espèce d’herbe car la bonne herbe a pour bienfait de nourrir les micro-organismes tout en absorbant l’azote en excès dans l’air (la vigne n’a besoin que de 3% d’azote, bien loin des taux relevés dans notre air…).

L’œnologue détaille ensuite le processus d’élaboration du vin. Le tri est pour l’instant toujours manuel chez Louis Jadot (les résultats obtenus avec les machines de tri optique ne sont pas encore satisfaisants), les raisins sont éraflés à 100% avant pressurage.

Une des grandes différences de vinification entre Louis Jadot et la plupart des maisons de vins bourguignonnes réside selon Christine Botton dans la durée de la macération. En moyenne en Bourgogne, celle-ci dure 15 à 20 jours, mais chez Jadot, on est plus proche des 28 à 30 jours. L’effet est une certaine austérité dans la jeunesse des vins avec une libération au bout de 5/6 ans, mais surtout, cela confère au vin les tannins nécessaire à son vieillissement. On recherche le potentiel de garde, le terroir, on est pas intéressé par le fruit de la jeunesse certes attractif mais qui fane bien vite.


 

Nous débutons la dégustation par les vins blancs.

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Saint Romain 2014

Le vin est très jeune, les 3 composantes que sont le bois (issu du passage en barriques pendant l’élevage), le fruit et l’acidité ne se sont pas encore fondus et selon moi, le bois est assez prédominant, particulièrement au nez.

En bouche, le vin possède une belle structure, avec la fraicheur du fruit et une longueur très correcte soutenue par une pointe d’acidité. Un petit vin, mais un joli petit vin.

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Saint-Aubin 2014

Nous continuons la dégustation avec un Saint-Aubin, et je suis heureux d’entendre Christine Botton faire l’éloge de ce village qui est mon refuge (avec Rully et – dans une moindre mesure malheureusement – Pernand-Vergelesses) dans une Bourgogne où les prix augmentent inexorablement, à cause des pertes de rendements les années de grêle / gel, “à cause” de la qualité les belles années.

Le nez est plus discret que celui du Saint Romain, mais très élégant, fin, floral.

En bouche, le vin est plus gras, il y a une certaine matière, la finale est boisée.

2014 n’est pas un grand millésime car il n’est pas mur, on a pas le gras caractéristique des grands millésimes, mais il y a une belle tension qui en fera un beau vin d’ici 2/3 ans.

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Meursault 2013

Nous passons en 2013 et la différence se fait déjà sentir, le vin se libère, il y a plus de gras (l’appellation joue tout de même pour beaucoup, c’est la signature de Meursault), le vin est plus chaleureux.

Le nez est encore assez fermé mais avec de belles notes de pêche, de poire, de fruits blancs.

En bouche, belle tension, une pointe d’amertume et une longueur honorable.

Nous passons ensuite aux vins rouges

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Fleurie Château des Jacques 2014

Nous commençons par un Fleurie 2014 du Château des Jacques qui a été vinifié par Christine Botton, alors en charge de ce domaine appartenant à la maison Jadot depuis 1996.

Ici, nous sommes sur un gamay avec 8 mois d’élevage. Je dois dire que je n’ai pas du tout apprécié ce vin que je n’ai pas trouvé équilibré, avec une amertume assez désagréable en bouche.

Christine Botton suggère de faire vieillir ce vin une dizaine d’année en cave, il semblerait que les arômes qui se développent conduisent des dégustateurs avertis à confondre ces vins avec des vins plus nobles de la Côte d’Or.

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Savigny-les-Beaune  1er Cru La Dominode 2011

Cela faisait longtemps que je n’avais pas dégusté de Savigny-les-Beaune qui est pourtant une appellation que j’apprécie particulièrement !

Le nez de ce 1er cru La Dominode 2011 commence à offrir des arômes secondaires très plaisants. En bouche, c’est du velours, très parfumé avec des tannins toutefois légèrement astringents.

Ce n’est pas gras, ce n’est pas puissant, c’est tout en tendresse et c’est un profil de vin que j’aime beaucoup.

 

 

Beaune 1er Cru Theurons 2009

Nuits-Saint-Georges Les Saint-Georges 2008

Nous avons conclu ce voyage en Bourgogne par la dégustation en parallèle d’un vin de la Côte de Beaune en 2009 et d’un vin de la Côte de Nuits en 2008.

L’expérience fut très intéressante car mes perceptions ont évolué au fil de la dégustation comparée de ces deux vins.

Le Beaune 2009 dégusté en premier offrait des tannins de velours, enrobés, une matière d’une tendresse folle avec toute la chaleur du millésime 2009. Un vin superbe mais peut être trop facile, qui se livre déjà trop.

Lorsque je passe au Nuits-Saint-Georges, les tannins sont plus sévères, le vin est très tendu avec une acidité sous-jacente. Dans le même temps, on sent que ces tannins sont plus élégants, plus racés que ceux du Beaune.

Revenant sur le Beaune 2009, je trouve celui-ci un peu ingrat, ses tannins apparaissent plus grossiers. J’avais laissé sur ma table mon verre de Nuits-Saint-Georges et lorsque je reviens 10 minutes plus tard et avale la dernière gorgée par réflexe, je reste sans voix, le vin se révèle dans son élégance, sa précision, et il s’est ouvert, libérant des arômes plus évolués.


Force est de constater que le procès que l’on fait aux vins rouges bourguignons du millésime 2008 est hâtif. Laissons au millésime le temps de se livrer, il a beaucoup de surprises à offrir.

L’autre conclusion est un rappel d’un fait fondamental que l’on a tendance à oublier lorsque l’on porte un jugement sur un vin. La dégustation est contextuelle, elle est influencée par de nombreux paramètres : son humeur, celle des autres, la météo, un rhume qui traine, la fatigue, l’environnement. Mais ce que l’on mange et/où boit avant a également une influence considérable. Ne négligeons pas ces paramètres et évitons les jugements trop catégoriques, trop manichéens.

La maison Jadot est définitivement une très belle grande maison bourguignonne !

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