(Œno)tourisme dans la Vallée de l’Hérault

Le 22 avril dernier, j’étais juré au concours des vins de la Vallée de l’Hérault qui depuis 35 ans met en lumière les plus beaux vins parmi les échantillons présentés par les vignerons de 43 communes de la vallée de l’Hérault. Aux vins de Pays d’Oc et vins de Pays de l’Hérault s’ajoutent un certain nombre d’AOP (Languedoc, Languedoc Grés de Montpellier, Languedoc St Saturnin, Languedoc Montpeyroux, Clairette du Languedoc et Terrasses du Larzac) ainsi que des IGP (Coteaux du Salagou, Mont Baudile, St-Guilhem-le-Désert et Vicomté d’Aumelas). Riche programme. Cette année, 173 vins de 46 vignerons ont été dégustés à l’aveugle par 64 dégustateurs et dégustatrices et 44 médailles ont été décernées.

3 coups de coeur parmi les vins dégustés à ma table et sur les tables voisines lors de ma session :



🍷 Fonjoya, « Terra Rebella » 2017 en Terrasses du Larzac. Syrah, Grenache et Carignan. On trouve au nez des notes de cerise, de chocolat, une pointe de réglisse. En bouche, la structure tannique s’est sans doute considérablement assouplie en 5 ans et c’est aujourd’hui un vin fluide qui offre en rétro-olfaction des notes de fruits confits et des arômes toastés sans avoir les tanins du bois.

🍷 Domaine des 3 sens, Cassygre 2019 – IGP Saint-Guilhem-le-désert, – Grenache noir, Carignan, Syrah. Ici le nez est plus puissant, sur des fruits noirs légèrement confiturés. La bouche est ample, l’élevage demande encore à se fondre mais apporte une structure tannique qui permettra de se frotter à de belles viandes ! La pointe d’astringence en fin de bouche ancre le vin sur le palais.

🍷 Camp del Mas « Gravis » 2020, un 100% Syrah en IGP Pays de l’Hérault, deux types de sol (argile-calcaire et calcaire siliceux) – Nez séduisant sur les fruits noirs, les épices. La bouche est souple, la texture fluide, les tanins délicats et on trouve une finale acidulée. Un vin élégant, remarquablement élaboré et très agréable à déguster !

J’ai profité de ma visite pour découvrir cette très belle région et je vous propose un petit panorama des activités, vous me suivez ?

La vallée de l’Hérault vue d’en haut : vol en montgolfière

Un vol en Montgolfière au lever du soleil, c’était pour moi une expérience inédite et qui s’est révélée fabuleuse : un silence total lorsque le bruleur n’est pas activé, une vitesse faible ce jour-là qui permet d’admirer le paysage : l’Hérault bien sûr, les vignes, l’église Notre Dame de Grâce et son chemin de croix, etc. J’ai appris avec ce vol que les chiens – mais également d’autres animaux – deviennent fou et se mettent à aboyer et sauter au passage d’une montgolfière car ils sont sensibles à des ultrasons dégagés par le brûleur, cela a contribué à faire de notre passage une attraction pour tous les habitants qui prenaient leur petit déjeuner dans leur jardin ou partaient travailler !

Une fois à terre, et après avoir rangé la montgolfière – opération minutieuse – , nous avons sauté dans une Méhari Loisirs (éditée par une société ardéchoise qui a obtenu l’accord de Citroën pour rééditer ce véhicule mythique et qui le propose à la vente et à la location) pour aller explorer la région.

Saint-Guilhem-le-désert

La visite immanquable de la vallée de l’Hérault est le village de Saint-Guilhem-le-désert qui est une étape du chemin de Saint-Jacques de Compostelle et fait partie des plus beaux villages de France. Nous avons arpenté les ruelles de la ville en compagnie de Mélanie Torres Arnau, guide conférencière mais également vigneronne (au domaine Camp del Mas dont j’ai parlé un peu plus haut, une belle coïncidence !).

Né entre 750 et 755, Guilhem de Gellone était un cousin de Charlemagne, Comte de Toulouse et Duc d’Aquitaine. Il a reçu une éducation militaire et s’est intéressé à la rédemption après avoir fait couler beaucoup de sang, fondant sur les conseils de Benoit d’Aniane l’abbaye bénédictine de Gellone où il se retire en 806 et autour de laquelle s’est construit le village. Il ne reste rien de l’abbatiale construite par Guilhem au 9ème siècle, on trouve des fragments de la seconde édifiée au 10ème siècle et c’est une église du 11ème siècle que nous pouvons aujourd’hui admirer.

Chevet de l’abbatiale
La nef et l’abside

La visite de l’église abbatiale de Saint-Guilhem-le-désert (désert entendu au sens de désert spirituel où l’on trouve le repos) classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 est donc incontournable. Elle renferme deux reliques : un fragment de la Vraie Croix donnée par Charlemagne ainsi que les restes de Guillaume de Gellone qui a été canonisé en 1066 par le pape Alexandre II.

Ne manquez pas le superbe autel du Sauveur (marbre blanc et calcaire noir, incrustés de pâte de verre de couleurs (bleu, jaune, rouge, vert, violet) et attardez-vous sur l’orgue dont la construction a débuté en 1782 et s’est achevé en 1982. Son particularité est d’avoir gardé la tonalité baroque du 18ème siècle là où les autres orgues de la région ont la tonalité romantique du 19ème.

Le cloître a conserve sa sérénité mais il n’a plus la splendeur d’antan. Saisis à la révolution, les bâtiments abbatiaux ont été vendus comme bien national, le cloitre a été démantelé par un maçon (avant de devenir une filature !) et une grande partie des sculptures a été vendue en 1906 à George Grey Barnard, collectionneur d’art américain. 140 éléments sont aujourd’hui visibles au musée des cloîtres (The Cloisters, Metropolitan Museum of Art) à New York !

En sortant de l’église abbatiale, admirez le magnifique platane planté en 1855 (hélas attaqué par un champignon, des recherches sont en cours pour voir s’il peut être sauvé..) puis explorez le village qui s’est développé au 11ème siècle. Son remarquable état de conservation est dû à l’étroitesse de la vallée qui n’a pas permis à la vigne de s’installer. On vivait autrefois du bois et de l’oléiculture, il faut imaginer qu’avant le terrible gel de 1956, 40 000 oliviers se trouvaient sur la commune !

Attablez-vous pour un repas à la bonne franquette à l‘oustal fonzes, vous regarderez certainement avec étonnement les grands bassins qui s’offrent à votre vue : il s’agit de la pisciculture du Verdus qui est aujourd’hui exploitée par Château Castillone, un fabricant de caviar pas comme les autres.

Château Castillone

Tout est parti de l’esprit de François René, ingénieur agronome qui est à l’origine de la filière d’esturgeons en Aquitaine : au début des années 70, il a mis au point avec son équipe une technique permettant de maitriser la reproduction de la dorade et du loup et quelques années plus tard, 3000 esturgeons russes ont été échangés contre des alevins de loups et ont ainsi été introduits en France. Une fois retraité en 2016, il s’est engagé dans des travaux de recherche pour parvenir à prélever des oeufs d’esturgeons sans avoir à tuer ce poisson qui est un animal préhistorique et qui peut vivre une centaine d’année. Le taux de survie était au début des travaux de 50%, il a atteint 4 ans plus tard un taux de 95% ! Une échographie permet de vérifier la taille des oeufs et d’identifier le meilleur moment pour réaliser l’opération, l’esturgeon est plongé dans un bain froid pour l’anesthésier et les oeufs sont prélevés par césarienne sous contrôle vétérinaire. Deux mois plus tard, la cicatrisation est achevée et l’esturgeon produira à nouveaux des oeufs au bout de deux ans.

Fax, une shiba, la star de Caviar Castillonne !

530 esturgeons vivent dans les grands bassins qui sont alimentés avec l’eau du Verdus qui vient de la montagne, une eau pure avec un débit très important qui permet le renouvellement intégral des bassins plusieurs fois par jour. 130 à 150 opérations sont réalisées sur une année pour produire 100kg de caviar. C’est Frédéric François, le fils de René, et Léo Carpentier, son compagnon, qui tiennent les rennes de Château Castillonne, aidés d’Alan qui développe avec Frédéric les recettes.

De gauche à droite : Alan, Léo et Frédéric

Le caviar produit par Château Castillonne est haut de gamme : c’est un caviar affiné 6 mois avant d’être commercialisé (le caviar affiné représente 5% de la production en France) et a la particularité d’être peu salé (2% vs 5%)

Au programme de la dégustation, le caviar bien sûr (prélevé sur un esturgeon nommé Joconde) mais également de la dorade, du saumon et de la truite marinés 24h sous vide avant le fumage au bois de hêtre. Je n’avais jusqu’ici jamais apprécié un caviar, c’est chose faite ! C’est un caviar très fin, élégant, avec des notes beurrées, il fond sur la langue, libérant des arômes de noisette avec une grande persistance. La truite est également particulièrement goûtue.

Le Pont du Diable

En quittant Saint-Guilhem-le-désert, faites une pause sur la plage du Pont du Diable, très calme au mois d’avril, bondée l’été, un endroit idéal pour pique-niquer ou se baigner en admirant ce pont construit au XIème siècle (par les Abbayes d’Aniane et de Gellone) siècle et qui a été classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO au titre du chemin de Saint Jacques de Compostelle en France.

En remontant au parking, arrêtez-vous à la maison du Grand Site où vous pourrez notamment retrouver les vins médaillés au concours des vins de la Vallée de l’Hérault, une bonne manière d’acquérir des vins de la région en ayant accès à un panel diversifié de vins de qualité ! Chaque jour, une sélection de vin est disponible à la dégustation.

Après les airs et la terre, on part sous terre ? Rdv lundi prochain pour la suite du séjour !

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