Champagne Vincent d’Astrée

La Champagne étant une de mes régions de prédilection, je suis toujours curieux de découvrir des maisons que je ne connais pas. Aussi, lorsque l’on m’a invité en dernière minute à venir déguster la gamme d’une marque (re)lancée par une coopérative installée à Pierry (village que je connaissais pour les beaux champagnes de la maison Mandois qui y est installée), je n’ai pas hésité bien longtemps !

La maison Vincent d’Astrée

Si la commercialisation a été lancée il y a un peu moins de deux ans, la marque Vincent d’Astrée existe depuis 1956 et a été créée par une cave coopérative qui rassemble plus de 200 vignerons installés sur le terroir classé 1er Cru de Pierry, sur les coteaux sud d’Épernay. Au total, la coopérative peut s’appuyer sur 85 hectares de vignes (dont 55% de Meunier !) dont 10 sont sélectionnés pour entrer dans les assemblages des champagnes Vincent d’Astrée.

Carte du vignoble de Pierry, village situé au sud d'Epernay

Le terroir de Pierry fait la part belle au Meunier et produit également de très beaux Chardonnay. Ces deux cépages sont donc la signature de la maison qui produit des cuvées mono-cépages et des assemblages. Les sols de craie et de pierres à silex donnent des vins frais et tendus.

Une des spécificités de la maison réside dans le choix de Sébastien Lapierre, oenologue et chef de cave de la maison de bloquer la fermentation malo-lactique d’une partie voire de la totalité des vins, afin de leur permettre de traverser des temps de vieillissement en cave bien plus longs que dans d’autres maisons.

Dégustation de vins clairs 2018

Avant de déguster la gamme, nous avons dégusté 4 vins clairs de la vendange 2018 afin de sentir les spécificités du Meunier et du Chardonnay sur le terroir de Pierry ainsi que les effets de la fermentation malo-lactique.

Vins clairs 2018 Chardonnay Meunier Pierry avec et sans fermentation malo lactique vincent d'astree

Vins clairs Meunier de Pierry 2018

Avec fermentation malolactique : très expressif et exubérant, des notes florales, de fruits exotiques, cela n’est pas sans rappeler des sauvignon blancs très fruités !

Sans fermentation malolactique : un peu plus fermé, un côté tranchant, on sent moins le fruit et plus la pierre (silex) du terroir.

Vins clairs Chardonnay de Pierry 2018

Avec fermentation malolactique : le nez présente encore des arômes de levures, la bouche est salivante, on sent toutefois une certaine dilution et une fin de bouche un peu molle.

Sans fermentation malolactique : une fois encore, un vin plus fermé mais beaucoup plus équilibré que le précédent, la bouche est traçante, plus précise et complexe.

Dégustation des champagnes Vincent d’Astrée

Brut

80% Meunier, 20% Chardonnay. 30 à 40% de vins de réserve. 4 année minimum de vieillissement. Les vins utilisés dans l’assemblage du brut font leur fermentation malo-lactiques. Dosage: 7g/l.

Les proportions élevées de Meunier et de vins de réserve ainsi que le long vieillissement en cave donnent un très beau vin d’entrée de gamme, expressif, vineux avec une effervescence crémeuse et une jolie longueur. Fruits frais, pomme au nez, arômes pâtissiers et zestes d’agrumes en rétro-olfaction.

Cuvée rosé Vincent d'Astrée

Brut Rosé

80% de Chardonnay, 20% de vin rouge de Meunier de Pierry. 3 ans de vieillissement minimum. Fermentation malolactique partielle. Dosage: 7g/l.

20% de vin rouge est une proportion élevée là où bien des maisons restent en dessous des 10%, le résultat est un vin qui a un certain caractère. Le nez présente des fruits rouges frais et croquants, la bouche est pleine et fondue. En s’estompant, le vin tapisse l’intérieur de la bouche. Le dosage est un peu plus perceptible que dans le brut mais sans que cela ne soit véritablement gênant.

Cuvée Éclipse

Nous passons ensuite à une autre gamme nommée “Les Constellations” et composée de cuvées produites en quantités très réduites (de l’ordre de 3.000/3.500 bouteilles). Millésime 2004 non-revendiqué.

La première cuvée que nous dégustons est certainement la plus osée : un champagne 100% Meunier sans fermentation malolactique, vieilli 6 ans en cave et non-dosé.

Le nez est très expressif, compoté, sur la pomme, le coing, des notes d’amandes et de fruits secs, une pointe de miel et des arômes légèrement oxydatifs que l’on retrouve souvent sur les vins non-dosés qui ont un peu d’âge.

L’attaque en bouche est vive, le vin s’élargit en milieu de bouche, la finale est longue et toastée. Un champagne très complexe avec un bel équilibre. Il est sans doute clivant mais c’est un style de vin que j’aime !

Novae 2009

À nouveau un 100% Meunier, sans fermentation malolactique, vieilli 6 ans minimum en cave et avec un dosage de 7g/l.

La robe est d’un bel or. Le nez est toasté, avec des arômes de pain grillé. La bouche est onctueuse, avec de légers amers en finale. Dégusté plus frais un peu plus tard, il s’est montré plus droit, avec un côté salin et des notes fumées. Un vin généreux et ample à l’instar du précédent.

Brut millésime 2011

100% Chardonnay, sans fermentation malolactique et vieilli 6 ans en cave, avec un dosage de 7g/l.

Le nez est d’une grande pureté, crayeux. Viennent après aération de légères notes de miel. La trajectoire en bouche est très droite, sur les agrumes, s’élargissant en milieu de bouche sur des notes de fruits exotiques avant de se resserrer sur une finale très précise bien que moins persistante que les vins précédents qui avaient plus de caractère.

Peu de maisons ont élaboré des cuvées millésimées en 2011, ce blanc de blancs est un bel exemple de la capacité des beaux terroirs à transcender des années difficiles.

Équinoxe

Nous avons ensuite fait une mini-verticale de 3 millésimes sur la cuvée Équinoxe qui est un 100% Chardonnay sans fermentation malolactique mais avec 30% des vins vinifiés sous bois pendant 10 mois. Cette cuvée vieillit 8 ans minimum en cave et le dosage oscille entre 6 et 7g/l.

Équinoxe 2005 en Magnum (dégorgée en 2014) présente un nez sur la cire, la bouche est très fraîche, c’est tendu mais avec une effervescence onctueuse, fondante.

Équinoxe 1995 en Magnum (dégorgée en 2009) est somptueux. On retrouve toujours des notes de cires mais à la fois plus évoluées et moins marquées. On retrouve un côté brioché et des notes de miel entêtantes. En se réchauffant, le vin champignonne un peu, pour ma plus grande satisfaction. Les sensations tactiles sont à la hauteur du nez : l’attaque bouche est franche, la fin de bouche est très équilibrée, sur des petits amers et une salinité qui appelle la gorgée suivante. Très longue persistance aromatique. Ce champagne en 3 dimensions titille les capteurs placés sur la langue (c’est un marqueur de la craie).

Équinoxe 1990 en Magnum (dégorgée en 2010) est encore fermé, 1990 et un millésime de grande garde. Il est plus fin, plus élégant mais l’exubérance du 1995 m’a plus séduit. On retrouve au nez ces notes de cire mais également des notes toastées, grillées. On ne retrouve pas dans ce millésime les notes d’évolutions du 1995, je n’aurais jamais pu deviner à l’aveugle que ce champagne avait 30 ans ! Bloquer les fermentations malolactiques donne des potentiels de vieillissement très important. En se réchauffant, apparaissent des notes de pâte de coing. La bouche est pleine, fondante, crémeuse, la finale sur les amers est longue mais moins impressionnante que celle du millésime 1995. Le dosage est également plus prononcé.

La lumière n’est pas optimale mais il est intéressant de noter la gradation de couleur du 2005 (à gauche) au 1990 (à droite)

Déjeuner à l’Allénothèque avec les champagnes Vincent d’Astrée

Le déjeuner a été l’occasion de mettre les champagnes en situation et de tester des accords.

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Sur les asperges blanches de Touraine tièdes, glacées au lait de coco vanillé, deux beaux accords :

  • Le Brut en mangeant les agrumes avec les asperges, cela faisait ressortir les arômes zestés.
  • Équinoxe 1990 pour son côté crémeux et pur et sa pointe oxydative.

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Sur le filet de boeuf Simmental, pomme de terre grenailles fondantes et oignons confits, Équinoxe 2005 entre en jeu, en bouteille cette fois, un peu austère car très frais mais avec une fin de bouche puissante qui soutient très bien la sauce !

Sur le dessert – Fraises façon melba, glace au thym – arrive une cuvée non dégustée précédemment, la dernière des Constellations : Solstice. C’est un rosé de saignée avec fermentation malolactique partielle et dosé à 6g après 4 ans de vieillissement en cave. Bingo, accord parfait ! Des arômes de fruits rouges un peu confits, de cerise et une touche de réglisse, une bouche de velours et ample soutenue par une belle trame minérale. Les fraises légèrement salées répondent à la minéralité du vin et accentuent la fraicheur, le thym dialogue à merveille avec les arômes de réglisse.


La maison Vincent d’Astrée mérite d’être connue, ses champagnes sont d’une très grande qualité (dans l’absolu et dans leur segment de prix) et montrent que les coopératives souvent décriées (alors qu’elle disposent généralement d’un outil de production bien plus moderne et perfectionné que les petites maisons ou vignerons grâce à la mutualisation) peuvent, en faisant preuve d’exigence à la vigne et à la cave, produire de très beaux vins.

La maison se lance sur les marchés (à l’export et en France) et vise un objectif à moyen/long-terme de 100.000 bouteilles / an, volume au delà duquel elle ne souhaite pas aller afin de garantir un niveau de qualité aussi élevé qu’aujourd’hui. Bonne route !


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