Présentation du millésime 2012 du Domaine de la Romanée Conti avec Aubert de Villaine

18h30. La dégustation ne commencera qu’à 19h30 mais les premiers participants sont déjà arrivés chez Grains Nobles dans le Vème arrondissement de Paris. L’excitation est palpable même parmi ces habitués qui chaque année réservent longtemps à l’avance leur place pour cette dégustation événement car comme le dira Aubert de Villaine en introduction, c’est la seule présentation des vins du Domaine à un public de cette ampleur (une quarantaine de personnes) et de ce format qu’il effectue chaque année. Pour l’épauler, Bernard Burstchy, professeur à l’école nationale supérieure des télécom qu’il a peu à peu délaissé pour se consacrer à sa passion, fin dégustateur et chroniqueur vin pour le Figaro.

2012: une guerre aux multiples batailles

Aubert de Villaine commence par narrer l’histoire du millésime 2012. À un mois de mars quasi estival qui laissait présager une vendange en août succèdent le froid et l’humidité en avril, la pluie entretenant une herbe si drue qu’il est impossible de labourer. Le mildiou se manifeste et causera de lourdes pertes de raisin. Autre fléau, la grêle frappant la Côte de Beaune au mois de juin n’épargnera pas le Montrachet. Une canicule de quelques jours grillera les jeunes baies les plus exposées au soleil. C’est donc une récolte diminuée (20hl/ha contre 30hl/ha en 2009) mais la réduction de la quantité a favorisé la qualité (baisse des rendements, meilleure maturité).

Le temps de l’été a permis de pouvoir attendre la maturité complète des raisins et c’est bien après les traditionnels 100 jours post floraison que les vendanges ont débuté le 21 septembre à Corton. La Romanée-Conti suivit, puis les Grands-Échézeaux, la Tâche, le Richebourg, le Montrachet, la Romanée St-Vivant pour finir par les Échézeaux. Malgré de fortes pluies pendant les vendanges, la peau épaisse des baies et les températures froides ont empêché le développement du botrytis.

Concernant l’élevage des vins, quelques remarques générales: les Grands Crus du domaine sont élevés à 100% en fûts neufs, 2012 n’a pas été réalisé à 100% en vendange entière comme c’est parfois le cas, une partie des rafles a été ôté)

Dégustation

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8 Grands Crus du Domaine de la Romanée Conti

Après avoir aviné nos verres avec un beaujolais village, nous avons dégusté le premier vin de la soirée: le Corton “Prince Florent de Merode” (2.907 bouteilles récoltées)

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Le Domaine a repris en novembre 2008 le fermage du Domaine Prince Florent de Merode, 2.28ha de Corton Grand Cru dans les climats du Clos du Roy, des Bressandes et des Renardes, l’objectif étant à terme de vinifier ces 3 climats séparément.

Ce 2012 est un beau vin, équilibré, sa personnalité n’est pas encore très affirmée mais la délicatesse au nez est plaisante.

 

 

Nous passons ensuite à l’Échézeaux (12 695 bouteilles récoltées)

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Le nez est beaucoup plus ouvert que le vin précédent, il est déjà très agréable à boire, avec des notes épicées combinées à une grande fraicheur du fruit. Un premier coup de coeur pour ce vin.

 

 

 

 

Grands-Échézeaux (11.841 bouteilles récoltées)
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Le Grands-Échézeaux est beaucoup plus fermé que son petit frère, j’en garderai un verre et découvrirai une autre facette du vin un peu plus tard, mais au premier abord il parait plutôt austère. Il est néanmoins plus complexe que le précédent comme Aubert de Villaine le fait remarquer en nous invitant à regoûter le vin précédent, mais à ce stade de développement, l’Échézeaux me séduit bien plus.

 

 

 

Romanée-St-Vivant (13.781 Bouteilles récoltées)

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La Romanée-St-Vivant n’a jamais été sous-tirée pendant la vinification.

C’est un vin qui m’a particulièrement ému par son côté résolument féminin, un touché en bouche d’une grande délicatesse. Une pointe d’amertume en fin de bouche noircit le tableau et nous rappelle qu’il est encore très jeune mais c’est un vin qui sera l’allégorie de l’élégance et du charme dans quelques années.

 

 

Richebourg (7.612 Bouteilles récoltées)
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Aubert de Villaine présente ce Richebourg 2012 comme “le Garde du Corps” de la Romanée-Conti. C’est une comparaison tout à fait juste, ce vin est imposant et c’est peut être le seul qui ne donne pas un plaisir immédiat à la dégustation, il n’est pas prêt bien qu’il ait tout pour être immense dans le futur. C’est un Richebourg d’école, plus proche de l’idée que j’ai de ce climat que celui de Méo-Camuzet que j’avais pu déguster il y a quelques mois et qui était plus dans la finesse.

 

 

 

La Tâche (13.358 bouteilles récoltées)

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La Tâche était particulièrement intéressante pour moi à déguster car c’est le seul vin du Domaine dont j’avais déjà dégusté une bouteille d’un millésime antérieur et j’avais donc un comparatif auquel confronter mes sensations. Cette Tâche 2012 a conforté le coup de coeur que j’ai pour ce climat et j’ai retrouvé les caractéristiques de la Tâche 2001 que j’ai bue il y a quelques mois. Ce vin joue dans la verticalité, c’est un velours de sensualité au touché, la finale est fraiche et la longueur exceptionnelle. Il y a certes un peu d’amertume mais c’est déjà un grand plaisir de boire ce vin. La palette aromatique est complexe et s’était encore élargie lorsque je suis revenu sur le vin un peu plus tard.

Aubert de Villaine explique cette verticalité et cette complexité par la non-homogénéité du terroir: la parcelle occupe tout le coteau, les raisins du haut de coteaux apportent donc la finesse là où ceux du bas de coteaux apportent la puissance (pour schématiser).

 

Romanée-Conti (4.203 bouteilles récoltées)

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Quelle émotion lorsque j’ai porté à mon nez le précieux nectar. Pour le Bourguignon que je suis, sensibilisé jeune aux vins de Bourgogne que j’ai découverts et aimés de plus en plus au fil des dégustations, des balades dans les vignes, des vendanges dernièrement, la Romanée-Conti a toujours représenté un mythe parce qu’il représente la quintessence de l’esprit vigneron Bourguignon, l’idée même de Climat, cette idée qu’un terroir, son sol, son exposition, son éco-système impriment au vin ses caractéristiques.

La Parcelle de la Romanée-Conti mesure 1,63ha et est située au carrefour des Grands Crus, accolée au Richebourg et à la Romanée, séparée d’une route de la Romanée Saint-Vivant et de la Grande Rue.

La Romanée-Conti est un peu le meilleur de tous les vins bus précédemment, avec en plus une magie irréelle que personne n’a jamais su expliquer. Au nez, on se perd dans les arômes délicats, en bouche c’est aérien, jamais l’adjectif de soyeux n’a été plus adapté pour décrire le touché, la structure et l’équilibre sont superbes et on ne peut pas parler de longueur à ce niveau, le vin s’imprime dans le palet pour ne plus le quitter. Enfin le silence est tombé dans la salle jusqu’ici assez dissipée. Chacun partage ce moment avec lui-même, l’émotion est grande. Je reviens sur l’Échézeaux, la Romanée St-Vivant et la Tâche dont j’avais gardé une gorgée, ils paraissent si simples en comparaison.

Après quelques minutes, la discussion reprend et Aubert de Villaine, interrogé sur la différence entre les RC issues de vignes pré-phylloxériques qu’il a pu déguster et les RC récentes, explique que si on a pu d’abord avoir des vins qui étaient moins profonds avec moins de matière, les techniques et procédés de vinification modernes ont permis de retrouver ces caractéristiques et pour lui, la Romanée Conti 2012 que nous dégustons ce soir n’a rien à envier aux Romanée Conti pré-phylloxéra.

Fidèles au vieil adage bourguignon “Blanc sur Rouge rien ne bouge, Rouge sur Blanc, tout fout le camp”, après nous être remis de nos émotions, nous avons terminé cette dégustation avec un vin blanc, le Montrachet (1.172 bouteilles récoltées).

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La récolte a été très faible en 2012, le mildiou, l’oïdium et le botrytis ayant contraint à un tri très important des raisins après la récolte. Ce vin m’a dérouté car c’est le premier Montrachet que je buvais et il était très différent de l’idée que j’avais pu me forger du Roi des Bourgogne blancs. Au nez, des notes de miel d’acacia et très vite, j’ai vu comme une ressemblance avec des vins liquoreux dans ce Montrachet, ressemblance renforcée par le touché en bouche. C’est tout de même un vin sec et dans la fraicheur mais il y avait un aspect botrytis surprenant. Une grande persistance en fin de bouche, marque d’un grand cru.

Dîner

Après la dégustation, j’ai eu la chance de dîner avec Aubert de Villaine, François Audouze, Pascal Marquet (directeur de l’école de dégustation Grains Nobles) et son épouse ainsi qu’un autre convive. Nous avons dégusté de beaux vins autour de plats savoureux:

  • Foie gras poêlé sur un lit de crumble et lentilles surmonté d’une figue éclatée
  • Une pièce de bœuf accompagnée d’un trio de champignons préparés de différentes façons (simple, au café et au rhum)
  • Un dessert aux fruits d’une grande légèreté

Champagne Pierre Moncuit, Cuvée Nicole Moncuit Vieille Vigne 2004

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Rien de tel qu’un champagne pour redonner à son palet une certaine neutralité après la dégustation.

Un beau champagne vineux qui a atteint une certaine maturité et est très expressif, gourmand. Des notes briochées, de la pomme caramélisée. Petite réserve sur le dosage un peu trop élevé à mon gout.

 

 

Domaine des Comtes Lafon, Meursault 2000

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Servi à l’aveugle, nous n’hésitons pas un instant sur la région, un convive s’aventure sur Coche-Dury, pas loin puisque c’est un Meursault mais des Comtes Lafon. C’est un village mais dont une bonne partie des raisins  provient de parcelles 1er cru. On retrouve à la fois le gras de l’appellation et une belle acidité qui en font un très beau vin!

 

Domaine Leflaive, Puligny-Montrachet 1er Cru Les Combette 2000

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Servi à l’aveugle également, ce deuxième vin est beaucoup moins expressif et la comparaison avec le vin précédent ne l’avantage pas. Je vois le convive qui l’a apporté grimacer légèrement, et lorsqu’il nous dévoile l’étiquette, je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire: comme souvent, les vins les meilleurs ne sont pas les plus prestigieux, nous en avons eu la preuve ce soir, le Meursault village l’ayant indubitablement surpassé ! Cela reste un bon Bourgogne plaisant à boire mais pas à la hauteur de la réputation (et des tarifs…) du domaine. Peut être était-il dans une période de fermeture.

 

Josmeyer, Gewurztraminer Grand Cru Hengst 2002

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Je n’apprécie pas les Gewurztraminer et ce n’est pas ce vin qui va me réconcilier avec cette appellation: le sucre résiduel était bien trop important pour qu’il soit plaisant à boire. Une gorgée de champagne fut nécessaire pour pouvoir passer à la suite.

 

 

 

Chateau Belair Marquis d’Aligre 1982

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Dernier vin de la soirée, un vin de Bordeaux comme je les aime, avec des tannins assouplis par le temps, un fruit rouge encore présent, des notes tertiaires de truffe, de torréfaction. Fraicheur et complexité.

 

 

 

 

Une soirée magique en compagnie d’un grand homme qu’on ne se lasse pas d’écouter tant il parle avec sagesse et humilité. Les vins du domaine méritent amplement leur réputation et je mesure ma chance d’avoir pu les déguster dans de telles conditions !

 

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