À la découverte de l’appellation Bonnezeaux

Au mois de septembre dernier, j’ai été invité à découvrir l’appellation ligérienne Bonnezeaux à l’occasion d’un brunch royal sur le toit du Fouquet’s à Paris. Un cadre idyllique alors que l’été jouait les prolongations.

Présentation de l’AOC Bonnezeaux

 

Bonnezeaux est une petite AOC qui s’étend sur 80 hectares sur la commune de Thouarcé (Maine et Loire) au bord du Layon. Nous sommes au sud de la Loire,  à 20km d’Angers. L’appellation Bonnezeaux fait partie d’un ensemble plus large de 27 AOC couvrant 20.000 hectares : le vignoble Anjou Saumur.

Les Bonnezeaux sont des vins blancs moelleux ou liquoreux produits à partir du cépage blanc roi de la Loire : le chenin (aussi appelé pineau de la loire).

On dénombre 42 producteurs de Bonnezeaux qui mettent sur le marché 210.000 bouteilles par an (un rendement moyen de 20hl/ha).

L’appellation s’étend sur les pentes raides des coteaux « Les Melleresses », « Beauregard » , « La Montagne », « Les Hauts Fleuris » ou encore « Fesles ». On trouve principalement des sols de schiste gréseux, avec par endroit des argiles et des sables. L’exposition sud / sud-ouest ainsi que les brumes matinales qui s’élèvent du layon favorisent la sur-maturation du raisin et l’apparition de pourriture noble.

Élaboration d’un Bonnezeaux

 

Pour élaborer un vin à haute teneur en sucre résiduels, il existe de nombreuses techniques. À Bonnezeaux, deux techniques entièrement naturelles sont utilisées et ont le même objectif : obtenir un raisin avec une très forte concentration de sucre grâce à la diminution de la quantité d’eau dans les baies.

La première méthode est la récolte de raisins botrytisés. Le Botrytis est également appelé “pourriture noble”, il s’agit d’un champignon qui s’installe sur les grappes à la faveur de conditions climatiques très spécifiques : l’alternance de brumes matinales humides et de journées ensoleillées et chaudes pour faire s’évaporer l’humidité. L’équilibre est important car si le temps est trop humide, l’humidité reste sur les grappes et la pourriture est trop importante : c’est la pourriture grise qui détériore le raisin et lui donne des arômes indésirables. Ce champignon attaque le végétal, créé de petites fissures sur les baies et consomme une partie de l’eau présente (environ 65%) : le jus de raisin voit sa concentration en sucre augmenter. L’action du botrytis joue également sur les arômes du vin et fait chuter l’acidité.

© le vin pour tous

La difficulté réside dans le côté aléatoire de l’installation du botrytis sur les grappes, il se développe plus ou moins vite, sur certaines grappes et pas sur d’autres. Les vignerons doivent donc vendanger en plusieurs temps, on dit qu’il font des “tries” successives dans les vignes, en général d’octobre à novembre. L’autre difficulté est que la pourriture noble ne se développe parfois tout simplement pas !

La second méthode est le passerillage qui consiste à faire sécher (et rotir) les baies pour augmenter leur concentration en sucre, soit en laissant les grappes sur pied mais en les privant d’interaction avec la branche (par torsion), soit en les récoltant et en les mettant sur de la paille, sur fil ou à même le sol. Le vent va venir sécher les raisins et le soleil va entrainer la sur-maturation nécessaire à la concentration en sucre. Les conditions climatiques sont donc également importantes pour la réussite de cette méthode qui a l’avantage de ne pas détériorer l’acidité des moûts et d’arriver à un bel équilibre final du vin.

Dégustation

 

Nous avons ensuite pu déguster un certain nombre de cuvées tout en créant des dialogues entre les vins et les mets du beau buffet qui nous était offert.

Voici les cuvées qui m’ont le plus marqué pendant la dégustation :

Domaine de la Croix des Loges – Elogia 2014

 

Ce vin m’a d’emblée intrigué de par la forme de sa bouteille. Il a été élaboré à partir du 2ème des 4 tris de vendanges du millésime 2014, avec des raisins botrytisés et passerillés. L’élevage est fait dans des fûts de 400L pendant un an avec des bâtonnages réguliers puis sur lies pendant 6 mois. 130g/l de sucres résiduels.

Le nez est très surprenant, on a presque des arômes de cognac. Il est très long en bouche et vraiment différents des autres cuvées présentées. Les notes de cognac ont remarquablement bien échangé avec du poulet aux morilles accompagné d’un riz basmati.

Château de Fesles 2011

Élevé pendant 10 mois dans des fûts de 400L chêne et acacia puis sur lies pendant 10 mois. 152g/l de sucres résiduels.

Très bel équilibre entre des arômes d’agrumes (pamplemousse, kumquat) et des arômes miellés, de safran, de fruits exotiques, confits. La texture en bouche possède une certaine viscosité, très glycerinée, mais avec une réelle fraicheur en fin de bouche.

Dégusté avec un quinoa fruits secs et fruits d’été et menthe d’une grande fraicheur qui a fait disparaitre toute sensation de sucrosité.

Domaine les Grandes Vignes – Le Malabé 2011

 

1/2 concentration par passerillage, 1/2 par le botrytis. Élevage en barriques (chêne français de 1 et 2 vins) pendant 12 mois et élevage sur lies. 186,5gr/L. La vigne est conduite en biodynamie !

Un nez principalement sur le miel, le coing, une attaque en bouche onctueuse et sur les fruits rotis et une pointe d’agrumes en fin de bouche qui donne au vin un grand équilibre pour une telle quantité de sucres résiduels. Et une vibration dans ce vin que l’on retrouve chez les vignerons en biodynamie.

 

Domaine Benoit Rocher – Hortense 2003

 

Après une fermentation lente (8 semaines), le domaine procède à un élevage sur lies fines pendant 4 mois. 160g/l de sucres résiduels.

Au nez ce Bonnezeaux surprend car il apparait légèrement madérisé mais il est très intéressant en bouche.

 

Domaine du Haut Mont 2017

 

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Un domaine en agriculture raisonné (avec un rang sur deux enherbé travaillé) et un âge moyen des vignes de 25 ans.

Élevage sur lies pendant 6 mois. 145g/l de sucres résiduels.

Un nez sur l’ananas, une belle fraicheur dans l’attaque en bouche, des notes de jasmin, d’abricot. 

Verticale de millésimes mythiques de Bonnezeaux

 

Après avoir dégusté des vins jeunes, expérimenté des accords mets-vins et dégusté des millésimes ayant entre 2 et 15 ans, nous avons eu la chance de pouvoir déguster des millésimes mythiques à travers une verticale extraordinaire. 

Nous sommes partis du millésime 2004 puis nous avons remonté le temps avec 1959, 1947 (sélection parcellaire), 1947 (sélection de grappes), 1945, 1921 pour finir avec un vin de 1881.

Première claque avec le Bonnezeaux 1959 du Domaine des Petits Quarts.

Vendanges précoces (débutées le 13/09), peu de botrytis. 120g/l de sucres résiduels. Les bouchons sont changés tous les 20 ans.

Une couleur de soleil flamboyant un soir d’été. 

 

Nous avons ensuite dégusté deux Bonnezeaux 1947 du Château de Fesles (le domaine a produit 7 cuvées différentes cette année là). L’un provenant d’une sélection parcellaire et l’autre d’une sélection de grappes. Le premier montrait des signes de début d’oxydation, le second s’est révelé être absolument sans défaut. Beaucoup de pourriture noble en 1947, on retrouve donc ses marqueurs à la dégustation, cela masque un peu la typicité du chenin mais la fraicheur était encore présente en soutien des notes miellées, de bois.

 

Vient ensuite un moment particulièrement émouvant, la dégustation d’un Bonnezeaux 1945 du Domaine Prouteau.

 

1945, il faut imaginer l’état d’esprit des hommes et des femmes qui ont vendangé cette récolte au sortir de la seconde guerre mondiale.

1945 fût une année de gel.

Couleur ambrée, des notes de cacao, d’abricot confit, d’une grande fraicheur grâce à un bel équilibre acidité/sucre au départ.

 

Pas assez vieux ? On continue avec un Bonnezeaux 1921 du Domaine de Terrebrune.

 

La couleur est toujours plus foncée.

Un nez sur le cacao, des arômes de vieux cognac. En bouche, le sucre est quasi absent, à nouveau une fraicheur à peine croyable pour un vin de quasi 100 ans, de la minéralité.

 

Pour finir, nous dégustons un Bonnezeaux 1881 du Domaine de Terrebrune. 137 ans. La chute du Second Empire et l’exil de Napoléon III n’ont eu lieu que 11 ans plus tôt, Jules Ferry est président du conseil, Victor Hugo fête sa 24ème année, Fernand Léger et Pablo Picasso viennent au monde. Comment ne pas être pris de vertige lorsque l’on plonge son nez dans ce verre ?

 

Le vin n’est pas encore noir mais il a une couleur d’un ambré très foncé.

Je ne sais comment décrire ce vin car je ne parviens pas à associer des mots aux arômes que je perçois, une torréfaction très avancée peut-être. On peut dire qu’il a perdu une grande partie de ses arômes mais j’ai comme l’impression d’être face à un esprit, d’avoir dans le verre l’essence du vin dont l’empreinte s’imprime sur mon palais pour ne plus le quitter. À nouveau une fraicheur inouïe, on prend plaisir à boire ce vin, il serait hors de question de le recracher. Quelle émotion ! 

Le vigneron nous indique qu’il ne restait que 5 bouteilles de ce millésime dans la cave du domaine, un cadeau qui témoigne de la générosité des vignerons de Bonnezeaux rencontrés ce jour là, un grand merci à eux !

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