Bouchard Aîné & Fils, dégustation le temps retrouvé

Chaque année, le 3ème dimanche du mois de novembre,  la vente des vins des Hospices de Beaune fait de la “capitale des vins de Bourgogne” le centre du monde viticole le temps d’un week-end. Acheteurs, critiques, vignerons se pressent à Beaune pour une fête qui se veut également populaire puisque de nombreux événements sont organisés dans la ville.

Les grandes maisons de vins beaunoises organisent des dégustations spéciales à cette occasion et la maison Bouchard Aîné m’a convié à une balade gourmande intitulée “le temps retrouvé” en clin d’oeil à Marcel Proust. 

La maison Bouchard Aîné

 

© Bouchard Aîné & fils

L’histoire de la maison a commencé lorsque Michel Bouchard, drappier de profession s’est installé à Beaune en 1731 et s’est lancé quelques années plus tard dans le commerce du vin, se développant au gré d’associations successives.

Une rupture familiale survient en 1810 et entraîne en 1828 la scission de l’affaire familiale en deux maisons de négoce de vins distinctes, dirigées d’une part par l’aîné, Joseph-Théodore BOUCHARD, en prenant comme dénomination en 1828 – Bouchard Aîné & Fils – et d’autre part par son frère, Bernard Bouchard, conservant depuis 1785 la dénomination – Bouchard Père & Fil.

La maison Bouchard Aîné et Fils appartient au groupe Boisset (Domaine de la Vougeraie, Ropiteau Frères, Labouré Roi, etc) depuis 1993. Depuis 1998, la maison est ouverte au public au travers d’un parcours sur le thème des 5 sens dans les caves d’élevage qui se trouvent sous l’hôtel du Conseiller du Roy. 

Visite & dégustation

 

Accueillis à l’entrée de l’hôtel du conseiller du Roy édifié en 1746 qui abrite la maison Bouchard Aîné et fils, nous descendons très vite dans les caves qui ont été décorées pour l’occasion

La dégustation débute avec un Crémant de Bourgogne servi en magnum et une madeleine (clin d’oeil à Marcel Proust) au fromage de Cîteaux qui provient de l’Abbaye côte d’orienne. 

Le nez de ce crémant est très charmeur : fruité, avec des notes d’amande et de fleurs blanche. La bouche reste sur le fruit, ma seule réserve concerne la bulle un peu agressive à mon goût mais qui se calme assez vite.

Beaune 1er Cru Les Marconnets 2017

 

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Après l’apéritif, nous entamons une balade gourmande à travers les siècles avec un mets typique du 18ème siècle : un filet de carpe fumé au beurre de fenouil.

Le Beaune 1er Cru Les Marconnets 2017 a des notes lactées, beurrées, le nez est encore marqué par l’élevage. La bouche est très enveloppante et la finale persistante. Le côté fumé du mets convient parfaitement au vin !

Meursault 1er Cru “Genévrières” 2008

 

© Bouchard Aîné & fils

 

Deuxième étape de la balade gourmande, un mets inspiré de la cuisine bourgeoise du 19ème siècle : une tourte aux trois viandes

Cette bouchée accompagne un Meursault 1er Cru Genévrières 2008.

Ample mais tendu, avec une belle acidité. Il allie un profil ciselé et une certaine corpulence, sans avoir le gras de certains climats de Meursault. Un vin d’équilibre à la hauteur d’un climat qui est au sommet de la hiérarchie de Meursault. L’accord avec la tourte est moins évident car les viandes sont assez fortes.

 

La visite se poursuit le long de couloirs de bouteilles qui attendent patiemment leur tour…

Beaune 1er Cru “Marconnets” 2018 sur fût

 

 

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Nous sommes invités à déguster le même vin que le 1er vin blanc mais dans le millésime 2018 qui a été mis en fûts il y a quelques semaines seulement. 

C’est un exercice délicat car le vin est encore en fermentation (sa couleur est d’ailleurs très trouble) et il faut faire un réel travail d’imagination ! Abstraction faite des arômes de levures puissants, on sent tout de suite que l’on a affaire à un grand millésime : grande concentration avec de belles notes d’agrumes.


Nous traversons ensuite deux salles, l’une dédiée à l’odorat dans laquelle se trouve une table présentant les arômes primaires, secondaires et tertiaires du chardonnay et du pinot noir, la seconde consacrée au toucher dans laquelle on peut toucher des matières représentatives de la texture de tel ou tel vins. On peut également apercevoir derrière une grille de vieux millésimes qui laissent rêveur..


Place aux vins rouges !

 

Savigny-lès-Beaune 1er Cru “Au Guettes” 2015

 

On sent la chaleur du vin dès le premier nez, il est charmeur. Souple en bouche, sur des arômes de fruits rouges et avec des tannins très bien intégrés : on ne pourrait pas le placer ailleurs qu’en Côte de Beaune ! Ce vin accompagne merveilleusement bien le lièvre à la royale à la manière du 20ème siècle. 

Chambolle-Musigny 2008

 

Les vins rouges de Bourgogne 2008 sont souvent décriés par les amateurs de vins, je n’ai jamais eu pour ma part d’expérience affreuse avec ce millésime.

Ce Chambolle-Musigny 2008 est en pleine transition : on trouve encore des notes de violette et de framboise au nez mais les premières notes de sous-bois commencent à faire leur apparition. La structure en bouche est surprenante pour cette appellation qui possède d’ordinaire plus de finesse. Le toucher est charnu et le vin est encore très tannique. À conserver encore quelques temps en cave !

Le vin est servi avec un Espuma de morille sur sot l’y laisse de poulet, le champignon résonne très bien avec les notes de sous-bois du vin.

Nuits-Saint-Georges 1992

 

© Bouchard Aîné & fils

Pour conclure cette dégustation, Bouchard Aîné a sorti un magnum de la cave de garde et a choisi de montrer que même les appellations village peuvent vieillir lorsque les conditions de conservation sont bonnes.

À l’oeil, la robe commence à tuiler et à se teinter d’orange. J’aime les vieux Bourgogne, je suis donc aux anges lorsque je porte le verre à mon nez. Très expressif, il exhale des arômes tertiaires (truffe, sous-bois, chocolat). En bouche, l’attaque est franche, le vin a conservé une belle fraicheur, la matière est souple bien qu’encore bien présente. Un très joli vin à maturité !


Une belle balade à travers le temps et la Côte d’Or qui fut suivie d’un buffet gourmet dans les salons de l’Hotel du conseiller du Roy. 


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