Dégustation Costières de Nîmes à l’Hôtel Imperator

Alors que des ouvriers terminaient les dernières finitions à tous les étages et montaient des éléments de mobilier de jardin, le syndicat des Costières de Nîmes a tenu à « inaugurer » le mythique Hôtel Imperator de Nîmes qui s’est offert une nouvelle jeunesse au cours des deux dernières années en organisant une dégustation d’une sélection de vins des Costières de Nîmes blancs, rosés et rouges.

Je ne connaissais pas bien cette appellation (dont j’ai découvert la petite voisine il y a quelques semaines, la Clairette de Bellegarde), j’ai été très agréablement surpris par le niveau général des vins.

L’appellation Costière de Nîmes

La région a connu son âge d’or à l’antiquité, sous la civilisation grecque puis sous l’influence des romains. Les abbayes fleurissent au moyen-âge, celle de Saint-Gilles fournira les papes alors installés en Avignon. La crise du phylloxera marquera un gros coup d’arrêt et il faudra attendre les années 50 avec la reconnaissance du vignoble comme Vignoble Délimité de Qualité Supérieur pour que la région se relance. Elle obtient en 1986 l’AOC Costières-du-Gard et change de nom en 1989 pour devenir l’AOC Costières de Nîmes.

Le terroir des Costières de Nîmes nous vient principalement du Villafranchien, lorsque le Rhône a déposé à cet endroit une terrasse de galets venus des Alpes. Le climat est marqué par la pluviométrie faible (mais ponctuée de violents orages), le mistral (qui a un effet assainissant après les pluies et qui accentue la concentration dans les derniers jours précédant la vendange), les brises fraiches venues des étangs de Camargue ou encore la forte amplitude thermique due a l’effet de convection et qui préserve la fraicheur des fruits. Tout cela concourt à l’identité des vins des Costières de Nîmes.

L’encépagement de l’AOC est dominé par la Syrah (55%), puis viennent la Grenache et le Mourvèdre et plus rarement le Carignan, le Cinsault et le Marselan pour les vins rouges et rosés. Pour les blancs, on trouve du Grenache blanc, de la Roussane, de la Marsanne, de la Clairette, du Viognier et du Vermentino/Rolle.

Dégustation de vins des Costières de Nîmes

La dégustation a été organisée autour de thématiques qui visaient à démentir certains clichés.

Costières de Nîmes Blanc

La thématique pour les blanc était “les blancs bien élevés”. La grande majorité (sinon la totalité, je n’ai pas eu les fiches techniques) des vins présentés avaient été élevés sous bois. Si certains vins étaient très marqués par des arômes de fûts neufs à chauffe forte, les arômes boisés – bien que présents – étaient dans l’ensemble plutôt élégants et équilibrés.

  • Clos des Centenaires blanc 2018

Le domaine Clos des Centenaires s’étend sur 7 hectares situés sur une colline de galets roulés, à 20km de la Méditerranée.
Assemblage 90% Roussane, 10% Marsanne. Élevage en petits foudres (10hl) et pièces bourguignonnes.
L’élevage est parfaitement intégré, il se manifeste plus dans la texture en bouche que dans les arômes qui se développent au nez : amandes, notes exotiques, miel. La fraicheur et la minéralité contre-balancent l’opulence de la bouche, très bel équilibre !

Costières de Nîmes Rosé

Pour les rosés, le thème était “des rosés de gastronomie” et la sélection allait clairement dans ce sens, avec des vins pouvant accompagner des salades aux agrumes, d’autres pouvant se mesurer à des viandes et poissons, même dans des plats épicés.

  • Campuget 1753 2018

Syrah, Vermentino.
J’ai été attiré par l’étiquette car j’ai dégusté il y a quelques mois un délicieux vin rouge de ce domaine produit à partir d’un cépage géorgien très très très peu planté en France. Ici, ce rosé est exubérant, très fruité, trop à mon goût mais c’est purement personnel.
💶9,5€

  • Château Font Barrièle, les vignes d’Héloïse rosé 2018

40% Grenache noir, 30% Cinsault, 20% Vermentino et 10% Syrah

Caroline et Christian ont hérité du domaine familial qui vendait auparavant ses raisins à une coopérative et ils ont décidé de vinifier eux-mêmes leurs vins.

La difficulté d’élaboration de ce rosé réside dans le choix de presser ensemble les différents cépages qui n’atteignent pas leurs maturités alcoolique et phénolique au même moment. Caroline considère – à juste titre – qu’il est crucial de récolter à maturité pour produire des vins qui expriment le terroir dont ils proviennent, elle s’exclame : « on ne va quand même pas récolter des raisins verts  après avoir passé autant de temps à bichonner nos vignes toute l’année ??! ». Certains devraient s’en inspirer, même dans les plus grandes régions..

Tout cela donne un rosé plutôt léger dans son aromatique, floral et marqué par des agrumes vivifiantes, avec une belle mâche en bouche.
💶7,5€

  • Chateau Vessière 2018, Costières de Nîmes rosé

60% Syrah, 40% Grenache noir.
Jolie concentration, expressif, sur des arômes de pamplemousse rose. Rafraîchissant !
🍃AB, 💶8€

  • Capitelle 2017, Château Mourgues du Grès

On remarque immédiatement à la couleur que l’on est en présence d’un vin de caractère. Rosé de saignée (coloration du jus de raisin par les peaux), assemblage de Syrah (50%), Grenache noir (40%) et Mourvèdre (10%), fermenté et élevé 1 ans en demi-muids de 2 vins,

C’est un rosé puissant avec des arômes de fruits noirs, d’orange sanguine, des notes épicées (poivrées), une finale sur la réglisse. Il y a de la matière et une belle tension. Un rosé de repas !
🍃AB, 💶12€

  • Saint Cécile 2017, Château l’Ermitage

100% Mourvèdre.
Sélection parcellaire, vendange en vert pour obtenir un rendement de 40hl/ha max, vinification en saignée de 24h, fermentation puis élevage pendant 3 mois dans des barriques de chêne neuves de 400l avec bâtonnage.
Tout cela donne un vin très puissant, avec des arômes de groseille, pruneaux, de noisette, des notes presque caramélisées, et une finale finement poivré. La texture en bouche est crémeuse, on a une jolie acidité qui soutient le vin en fin de bouche.
🍃AB en conversion, 💶12€

Costières de Nîmes Rouge

L’objectif de la dégustation des rouges était de montrer le potentiel de garde des Costières de Nîmes rouges. Pari à nouveau réussi puisque le vin que j’ai préféré a été le Château de Nages 2010 en magnum.

  • Epicuria 2018, Chateau l’Ermitage

100% Mourvèdre
Il est rare de trouver un vin constitué à 100% de Mourvèdre !
Arômes de violette, cassis, puis vient la garrigue. Beaucoup de fraicheur en bouche avec des fruits frais croquants, une matière dense et pulpeuse. C’est jeune mais déjà très bon !

  • Les Fagnes 2015, Clos des Boutes

Je vous avais parlé du Clos des Boutes dans mon article sur la Clairette de Bellegarde, j’ai pu découvrir plusieurs vins du domaine dans les 3 couleurs et j’ai beaucoup aimé celui-ci.

50% Carignan, 50% Syrah
Arômes de fruits rouges mûrs, de prunes. Une matière fluide, des tannins de soie, une finale minérale.
🍃AB, Biodynamie en conversion, 💶10-15€

À noter également une jolie cuvée 100% Carignan (Chamboultou ! 2013) avec beaucoup de matière, très concentrée (macération longue, jusqu’à 20 jours) mais digeste et une belle expression du Carignan. 💶20€

  • JT 2010, Chateau de Nages

95% Syrah, 5% Mourvèdre
Servi en magnum.
Un vin vraiment glorieux ce jour là, dense et pur à la fois avec une matière de velours, des arômes d’évolution nobles, encore un peu de fruits noirs mais qui commencent à confire et de jolies épices.
🍃AB 💶20,75€ (bouteille)


Merci aux vignerons venus présenter leurs vins dans une ambiance conviviale !

La cuisine de Pierre Gagnaire et Nicolas Fontaine

Pierre Gagnaire a signé la carte de la brasserie et du restaurant gastronomique (qui ouvrira en septembre prochain et qui ambitionne de conquérir 2 étoiles très rapidement) et c’est Nicolas Fontaine qui est le chef executif.

Nous avons pu avoir un aperçu d’un menu déjeuner de la brasserie auquel s’est ajouté un plat signature de Pierre Gagnaire : l’oignon des Cévennes farci.

Gelée d’olives noires, confiture de tomates pimentées, carré de urrata, toast d’aubergines “stiletto”, thon rouge de Méditerranées laqué
Oignon des Cévènnes farci, veau et jus de veau, roquefort (plat non présenté dans le menu)
Épaule d’agneau farcie, polenta blanche au curry vert
Pélardon des Cévennes & pêches romarin, Tomme de brebis de la Cavalière & condiment cerise, Cantal entre-deux & noisettes fleur de sel de Camargue
Pavlova aux fruits rouges

On sent que les produits sont de qualité et que les plats ont été pensés avec soin et mais ils demandent quelques ajustements : la tomate prend le dessus sur tout le reste dans l’entrée, la coriandre était peut-être également trop présente dans le plat. Mes réserves proviennent certainement du fait que le menu n’avait pas été adapté aux vins des Costières de Nîmes, ce qui est assez dommage : un chef de la trempe de Nicolas Fontaine devrait s’amuser à créer ou adapter des plats en fonction des vins lors de tels événements !

La carte des vins du restaurant n’existe d’ailleurs pas encore (les vins disponibles actuellement proviennent des caves des restaurants parisiens de Pierre Gagnaire), espérons qu’elle sera élaborée intelligemment et qu’elle fera la part belle aux vins de la région et en particulier aux Costières de Nîmes !

L’Hôtel Imperator de Nîmes

Je profite de cet article pour vous montrer quelques photos de l’Hôtel Imperator qui a donc été complètement rénové et fait désormais partie du groupe Albar Hotels. Il propose 53 chambres et 4 suites, ainsi que 8 villas construites au fond du jardin. C’est un lieu très important pour la ville, chargé d’histoire : il a vu défiler Ava Gardner, Luis Miguel Dominguin, Antonio Ordoñez, Ernest Hemingway, Pablo Picasso ou encore Jean Cocteau.

Comme vous pouvez le voir, l’ascenseur classé est bien sûr toujours là !

Les chambres m’ont semblé un peu petites pour le standing de l’hôtel (les photos ci-dessous sont celle d’une des suites) et j’ai trouvé assez étrange ce concept de miroir / hublot vers la salle de bain qui s’ouvre depuis l’extérieur. Passé ce petit détail qui ravira les clients les plus voyeurs, il y a beaucoup de goût dans la décoration de l’hôtel, les parties communes sont très réussies, avec une ouverture sur le jardin intérieur très agréable et une belle piscine.

Je n’avais jamais visité l’Imperator avant sa restauration, mais les photos que j’ai pu voir laissent deviner un charme suranné qui n’est plus. On peut le regretter mais je dois dire que le nouveau style de l’hôtel m’a plu !

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